• CGT: un « frondeur », Eric Aubin, sur la touche

    Quatre mois après l'élection, le 3 février, de Philippe Martinez au poste de secrétaire général, y aurait-il un climat de "chasse aux sorcières" dans la CGT? Avant le prochain congrès, prévu en avril 2016 à Marseille, l'heure semble être aux règlements de compte, comme en atteste le courrier adressé, le 10 juin, par Serge Pléchot, le secrétaire général de la fédération nationale des salariés de la construction, bois et ameublement (FNSCBA), aux organisations du comité confédéral national (CCN) de la CGT et à Philippe Martinez. Dans cette lettre, dont l'auteur de ces lignes a eu connaissance, la fédération "souhaite alerter les organisations de la CGT sur des comportements inacceptables qui remettent en cause les valeurs humaines qui fondent la CGT. Depuis ''les affaires'' et la démission du bureau confédéral, notre camarade Eric Aubin subit une véritable ''marginalisation" digne des pratiques en vigueur chez les grands patrons du BTP". 

    Candidat malheureux à la succession de Bernard Thibault en 2012, Eric Aubin, un ancien salarié de Bouygues, alors secrétaire général de la FNSCBA, s'était heurté à l'opposition résolue du secrétaire général sortant, qui lui avait préféré Nadine Prigent. La candidature de cette dernière avait été rejetée par le CCN. En mars 2013, au congrès de Toulouse, Thierry Lepaon avait décidé de faire monter, malgré l'opposition de Bernard Thibault, Eric Aubin au bureau confédéral où il avait en charge tout le secteur de la protection sociale, et notamment les négociations sur les retraites complémentaires et l'assurance-chômage. Favorable à la poursuite de la mutation de la CGT, entamée par Louis Viannet et Bernard Thibault, et donc plutôt réformiste, Eric Aubin avait été ensuite un des meneurs de la fronde – avec trois autres membres du bureau confédéral, Sophie Binet, Valérie Lesage et Mohammed Oussedik – contre Thierry Lepaon, à la suite des révélations sur les travaux dans son logement de fonction et dans son bureau au siège de la CGT, à Montreuil.

    Mettant en avant une faute "collective" et non "individuelle", Thierry Lepaon avait réussi à entraîner dans sa démission, le 7 janvier, tout le bureau confédéral. Lors de son élection, Philippe Martinez avait décidé de ne reprendre dans son équipe aucun membre de l'ancien bureau confédéral, écartant au passage les candidats malheureux à la succession de Bernard Thibault. Eric Aubin, qui avait quitté ses fonctions de secrétaire général de la FNSCBA – cette fédération ayant, par ailleurs, été la seule à voter contre l'élection de Philippe Martinez – restait membre de la commission exécutive et devait conserver, en théorie, la responsabilité du secteur de la protection sociale.

    La lettre de Serge Pléchot est un pavé dans la mare, alors que plusieurs fédérations sont en délicatesse avec le nouveau secrétaire général. "Ce sont des dossiers qui lui ont été retirés, écrit-il, dossiers dont il a une maîtrise absolue et reconnue, la tentative de minimiser voir de ringardiser la négociation sur les retraites complémentaires pourtant annonciatrice de très mauvais coups pour des millions de salariés et de retraités. Une volonté de l'écarter systématiquement des délégations ou discussions en parallèle, parfois nécessaires, avec les différents acteurs des dossiers dont il a la charge en sont une autre preuve." La FNSCBA met aussi en avant "le refus qui lui est opposé" de rejoindre le groupe de la CGT au Conseil économique, social et environnemental (CESE), lors de son renouvellement prévu en novembre prochain. "Un refus catégorique, sans explication rationnelle et fondée, poursuit Serge Pléchot, de qui et combien ont participé à cette décision? On nous parle d'''homogénéisation'' du collectif CGT au CESE! Comment un argument tel que le manque de travail collectif, donné par notre secrétaire général, peut-il être retenu au sujet d'Eric?"

    "Ce traitement n'est pas acceptable, écrit Serge Pléchot, car il remet en cause nos valeurs de solidarité et de fraternité dans la CGT que nous défendons. (...) Les anciens dirigeants confédéraux avaient coutume d'être traités correctement et dignement dans la CGT, mais il faut croire que les temps changent, tout au moins pour certains!". Et le secrétaire général de la fédération élargit son propos : "En vérité, le cas de notre camarade accuse des pratiques et des comportements qu'on aurait crus révolus chez nous. D'autres camarades et parmi les premiers dirigeants sont écartés au prétexte qu'ils ne se fondent ou ''diluent" pas dans le moule. Que signifie cette tentation d'homogénéisation de la CGT? La CGT a toujours été riche de ses différences, c'est même précisément ce qui fait sa force. Son avenir, le nôtre, celui des camarades, aujourd'hui comme hier, dépendra de la capacité de ses dirigeants à rassembler les militants, tous les militants dont les parcours peuvent être les plus divers, autour d'un objectif commun."

    "Nous devons accepter la culture du débat, souligne Serge Pléchot, dans la fraternité, pour faire grandir notre organisation. Nous devons tourner le dos à des conceptions autoritaires de direction au profit de la recherche de l'indispensable adhésion du plus grand nombre par un patient travail de conviction. Unique démarche à nos yeux pour rassembler et fédérer l'ensemble de la CGT. La démocratie qui nous est chère, la transparence, la fraternité, la solidarité, le débat d'idées, la diversité ne doivent pas rester que des vœux pieux."

    Le dirigeant de la fédération de la construction conclut sa lettre en évoquant "des manœuvres de bas étage qui ont eu cours lors de certains congrès de fédérations"et fait allusion au "blanchiment" de Thierry Lepaon, en interrogeant: "Que laisse augurer l'opération sur ''les affaires'' en devenant un ''non sujet'', ceci par-dessus l'épaule de la Commission financière de contrôle à l'approche de notre congrès confédéral ?"Ces méthodes nous choquent !, écrit Serge Pléchot. Nous pensons qu'il est encore temps de se ressaisir. Notre fédération ne laissera pas la situation végéter et se dégrader pour la CGT, comme pour nos camarades." En 2014, selon des chiffres qui circulent mais ne sont pas encore officiels, la CGT aurait perdu 56 000 adhérents.

    Source : social.blog.lemonde.fr


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  • Commentaires

    1
    jakadi
    Jeudi 18 Juin 2015 à 18:01

    Livrer en "brut d'info" ce courrier de Serge Pléchot ( fédé Construction) , sans analyse approfondie des intentions de son auteur, n'est pas pour éclairer la lanterne des lecteurs de notre blog,...surtout quand je lis, en fin de message, qu'il est véhiculer par le blog "social" du journal LE MONDE....!


    A qui profite le crime...! Et dans quel placard se cache le cadavre...!


                  JAKADI         sarcastic

    2
    Jeudi 18 Juin 2015 à 19:23

    le but de ce blog est d'informer 

    le ménage continues à la confederation, on n'as rien à cacher sur ce blog

     

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