• Philippe Martinez : " Manuel Valls ne connaît pas l'entreprise "

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      Philippe Martinez.

      Philippe Martinez. - JOEL SAGET /AFP

    INTERVIEW - Le secrétaire général de la CGT annonce aux « Echos » que sa centrale prépare une journée de mobilisation à la rentrée.


    Peu de signatures sur votre pétition sur les salaires, une mobilisation, le 25 juin, passée inaperçue… La CGT doit-elle revoir ses modes d’action ?

    La pétition est récente. On visait 100.000 signatures, on en a eu 138.000 en trois semaines , c’est une réussite. Le 25 juin, on a réussi une mobilisation peut-être pas exceptionnelle mais intéressante. D’autant qu’elle s’est couplée avec d’autres initiatives, de la CGT et d’autres syndicats, dans les transports, le commerce, et la santé, où les 35 heures sont en danger. Sur le pouvoir d’achat et le temps de travail – nous revendiquons les 32 heures -, la CGT impulse,. Elle est confortée par le mouvement que l’on sent monter dans les entreprises sur les salaires. Les choses bougent.


    Allez-vous de nouveau mobiliser à la rentrée ?

    Nous allons continuer à le faire cet été, avec notre caravane des saisonniers et le Tour de France. On travaille aussi sur une initiative pour la rentrée, au plus tard à la mi-octobre. Nous souhaitons bien sûr que les autres syndicats nous rejoignent. Nous discutons d’abord avec ceux qui ont mobilisé avec nous le 9 avril dernier - FO, FSU et Solidaires. Mais l’objectif est d’élargir. Un récent sondage de l’Unsa montre que 59% des salariés sont préoccupés par les salaires.


    Avez-vous été choqué par les violences commises par certains taxis envers les VTC ?

    Ce qui est choquant, c’est que le gouvernement n’ait pas réagi avant sur ce dossier et sa faiblesse face à UberPOP. Pour autant, même s’il y a une exaspération légitime, s’opposer entre travailleurs n’est jamais la bonne solution. C’est comme pour les travailleurs détachés : ce n’est pas à eux qu’il faut s’en prendre mais aux patrons qui en abusent. Les vrais coupables, ici, ce sont la société Uber et le gouvernement, pas les chauffeurs de VTC.

    Au passage, imaginons si des CGTistes avaient fait la même chose : franchement, qui les aurait reçus, le ministre ou le commissaire ?


    Vous vous sentez brimé ?

    C’est un fait, il y a un traitement différencié des mouvements sociaux. La CGT constate une poussée des discriminations syndicales en entreprise. Le patronat s’est durci sous l’impulsion de Pierre Gattaz et le gouvernement donne sa caution. La Direction générale du travail traite nos recours par-dessus la jambe et les villes comme Toulouse, Nice ou Chateauroux remettent en cause notre accès aux Bourses du travail. Nous solliciterons un rendez-vous le 23 septembre avec Christine Taubira pour lui remettre un dossier exhaustif. Nous voulons une loi d’amnistie avec un volet syndical.


    Craignez-vous une « uberisation » de l’économie  ?

    De plus en plus de salariés trouvent dans ces nouveaux services des compléments de revenus. La vraie question, c’est comment on en arrive à ce que certains doivent cumuler les emplois ? C’est une nouvelle preuve que la question des salaires est clef.


    Irez-vous aux conférences sociales thématiques à la rentrée ?

    Jusqu’à présent, on est allé à toutes. Jeudi dernier, le ministère du Travail s’est engagé devant la CGT à tenir une conférence sociale thématique sur les salaires à la rentrée, comme nous le demandons.


    Vous ne vous sentez pas assez écouté par le gouvernement ?

    Non. Il n’écoute que le Medef. Manuel Valls dit qu’il aime l’entreprise mais la réalité est qu’il ne connaît pas l’entreprise. C’est le problème d’un grand nombre de politiques : ils ne connaissent pas le monde du travail.


    Vous regrettez que la CGT ait appelé à voter Hollande ?

    Soyons clairs : la CGT n’a pas appelé à voter Hollande. Bernard Thibault avait juste indiqué le faire à titre personnel, au second tour. Sous Nicolas Sarkozy, nous avons été insultés. Il nous a même fait siffler dans ses meetings ! Nous n’en sommes pas là avec François Hollande. Reste qu’il ne nous écoute pas.


    Et l’inscription dans la loi sur le dialogue social du compte personnel d’activité, qui regroupera les droits attachés au salarié ? C’est la sécurité sociale professionnelle qu’a conceptualisée la CGT, non ?

    Il faut se méfier des déclarations d’intention. Pour l’instant, son contenu reste flou et l’expérience nous montre que dans la réalité, on est souvent déçu : Nicolas Sarkozy avait repris l’expression de sécurité sociale professionnelle sans lui donner de contenu.


    En voulez-vous à la CFDT de soutenir le pacte de responsabilité ?

    Je n’ai pas à lui en vouloir ou non, c’est sa décision. Mais je constate qu’il y a de lourds débats sur l’efficacité de ce pacte, y compris en son sein.


    La mission Combrexelles et l’ouvrage de Robert Badinter et Antoine Lyon-Caen ont relancé le débat sur la place des accords d’entreprise. Craignez-vous une offensive sur l’inversion des normes ?

     

    Cette inversion existe déjà dans certains cas, avec les accords de maintien dans l’emploi. Et ne nous y trompons pas : le gouvernement veut la généraliser, c’est en germe dans la loi sur le dialogue social. Robert Badinter pose la question de la définition des grands principes intangibles de notre droit du travail. Je ne suis pas sûr qu’on ait la même liste le gouvernement et moi…

     

    Mais renforcer les accords en entreprise constitue aussi une chance pour les syndicats d’y réaffirmer leur place…

    Mais on ne serait plus dans une République d’égalité des droits, avec de fortes différences de traitement entre les salariés selon l’entreprise et la couverture syndicale. La loi doit rester le socle commun.


    Vous soulignez souvent que les PME et TPE ont besoin de mesures spécifiques. Pourquoi pas imaginer un Code du travail simplifié pour elles ?

    Ce n’est pas en tirant les droits des salariés vers le vas qu’on va aider les PME. La priorité est de repenser leur lien avec les donneurs d’ordre. Aujourd’hui, les entreprises du CAC 40 ont un quasi droit de vie ou de mort sur les sous-traitants. Plutôt que de les étrangler, il faut resserrer les échanges, créé des comités inter-entreprises, mutualiser les moyens, sur la formation professionnelle notamment.

    Pierre Gattaz se plaint de tout le temps de ne pas trouver de soudeurs. He bien que Radiall aide les PME à en former et il n’aura plus de problème ! Idem pour les apprentis : les grandes entreprises n’embauchent que 30% de ceux qu’elles forment. Organisons-nous pour que les 70% restant soient recasés dans des PME partenaires plutôt qu’envoyés à Pôle emploi.


    La CGT recule dans nombre de grandes entreprises et de bastions. Certains disent que la CFDT vous dépasse désormais dans le privé....

    Des entreprises où notre implantation est historique ont connu de profonds changements dont nous devons prendre la mesure. Tout comme du fait que 86% des embauches se font désormais en contrats précaires. Mais si notre audience baisse dans certaines entreprises, dans d’autres, au contraire, nous progressons, comme dernièrement chez PSA à Valenciennes. Je suis surtout inquiet du tassement de la participation.

    Par ailleurs, il y a une évolution du salariat dont nous devons nous occuper. On est le deuxième syndicat de cadres, mais notre implantation n’est pas homogène, avec de vrais déserts syndicaux sur cette population. Notre union dédiée, l’UGICT, fait très bien son boulot, mais c’est toute la CGT qui doit travailler à se développer chez les ingénieurs, cadres et techniciens. Ce qui ne veut pas dire ne plus s’occuper des ouvriers.


    En 2012, la CGT a frôlé les 700.000 adhérents et depuis, elle est en perte de vitesse...

    On fait toujours beaucoup d’adhérents, mais on a du mal à la garder. On a besoin de faire des efforts là-dessus.


    En allant vers un syndicalisme de service ?

    Non. Ce n’est pas dans nos gènes. Et puis, tous les syndicats de service dans le monde perdent des adhérents. Sauf les Allemands, mais c’est parce qu’ils ont compris que le syndicalisme ne pouvait pas se limiter à fournir des services aux adhérents. Sa mission première est de les défendre en faisant émerger leurs revendications.


    Quand on arrive à la CGT, à Montreuil, on est accueilli par le logo de la Fédération syndicale mondiale, qui regroupait par le passé les syndicats d’obédience communiste, dont la CGT jusqu’en 1993, et dont des représentants étaient présents la semaine dernière chez vous. Vous allez y revenir ?

    Ce logo est apposé sur les locaux de notre fédération de la chimie qui en est adhérente et organisait un colloque avec la FSM. La CGT fonctionne selon le principe du fédéralisme. Des fédérations sont affiliées à la FSM. C’est leur droit.


    Cela ne vous gêne pas que le sigle de la CGT soit associé à une organisation présidée par le numéro un du syndicat unique syrien ?

    La confédération CGT n’est pas adhérente de la FSM pour de nombreuses raisons parmi lesquelles le fait que certaines organisations syndicales, qui lui sont affiliées, ont quelques problèmes avec la démocratie, pour être pudiques. C’est pourquoi cette affiche ne figure pas sur des emplacements confédéraux.


    Le 51ème congrès de la CGT se tiendra en avril 2016 à Marseille. Vous avez déjà annoncé votre intention de vous présenter. Avec quelle équipe ? Les ex-membres du bureau confédéral de Thierry Lepaon resteront-ils persona non grata ?

    Je n’ai jamais annoncé que je serai candidat, ça ne se passe pas comme ça à la CGT. La commission des candidatures a été désignée la semaine dernière. La question des critères de candidature sera tranchée à l’automne et les candidatures validées en décembre. Seuls ces critères définiront la future direction confédérale.

     
     


    En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/economie-france/social/021172726933-philippe-martinez-manuel-valls-ne-connait-pas-lentreprise-1132817.php?4J9sTC2Ref41FW8j.99


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